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Charles Chaussepied, directeur conseil chez Piaget et membre exécutif du Responsible Jewellery Council. Du diamant brut au diamant taillé: un long chemin placé sous haute surveillance.

Des diamants et de l'or - 100% éthiques? Le défi est lancé

Jean-Daniel Sallin

Depuis sept ans, le Responsible Jewellery Council (RJC) cherche à promouvoir des comportements responsables auprès des sociétés qui travaillent avec des pierres ou des métaux précieux. Exemple avec Piaget.

D'où vient le diamant ou l'émeraude que Madame porte autour de son cou? L'or et le platine utilisés pour fabriquer la montre de Monsieur sont-ils 100% éthiques? Une marque a-t-elle forcément une attitude raisonnable vis-à-vis de l'environnement? Lorsqu'on pousse la porte d'une boutique, à la rue du Rhône ou ailleurs, on ne se pose pas forcément ce genre de questions. En règle générale, on craque pour une parure ou un garde-temps et on sort la carte de crédit.

Diplôme de bon élève

"Le client est certes sensible à ce genre de problématiques", observe Charles Chaussepied. "Mais ce n'est pas une motivation d'achat pour lui. En revanche, si une marque n'est pas exemplaire, si elle se comporte mal avec ses employés, si elle ne respecte pas les droits de l'homme, cela peut vite être négatif en termes d'image..." L'homme sait de quoi il parle. Directeur conseil chez Piaget, Charles Chaussepied est membre exécutif du Responsible Jewellery Council (R]C) depuis trois ans. Créée en 2004 par une poignée d'entreprises et d'associations, cette ONG - basée à Londres - s'est lancée dans une mission d'envergure: "promouvoir des comportements responsables auprès des sociétés qui travaillent avec des pierres et des métaux précieux, sur l'ensemble de la chaîne logistique, de la mine à la vente de détail". Un défi quasi herculéen!

"Il y a en fait deux niveaux d'implications au sein du R]C", précise Charles Chaussepied. "Celui de supporter, réservé aux associations professionnelles et aux ONG; et celui de membre à part entière qui implique l'obligation de se faire auditer pour accréditation dans les deux ans qui suivent l'inscription." Depuis sept ans, plus de 150 sociétés ont obtenu leur diplôme de bon élève. On y retrouve des joailliers et des horlogers - comme Cartier, Baume & Mercier, Bulgari, Boucheron, Van Cleef & Arpels, Tiffany ou TAG Heuer. Mais aussi des propriétaires de mines, des taille~ de diamants ou des négociants en or.

Un audit de deux ans

L'obtention de ce certificat n'est-elle pas qu'une formalité? Que nenni. Il a fallu deux ans d'audit rigoureux à Piaget pour obtenir l'accréditation No 27. "Nous avons dû répondre à un manuel de 146 questions autour de la corruption, le blanchiment d'argent, l'origine des pierres précieuses ou les droits humains", confie Charles Chaussepied. "Un auditeur indépendant est ensuite venu sur les sites de Plan-les-Ouates et de La Côte-aux-Fées. Et là, pas question de lui présenter des photos pour faire beau! 11 est resté deux jours à l'usine pour tout vérifier dans le moindre détai1." L'inspecteur a fini par choisir trois filiales, à Singapour, Hong Kong et Paris, pour des visites plutôt pointilleuses.

"Nous n'avons pas eu de grosses surprises", analyse Charles Chaussepied. "Mais cet audit a relevé quelques trous dans notre périmètre. Nous avons ainsi mis en place un whistleblower, un numéro

d'appel pour gérer les conflits à l'interne; on nous a aussi fait remarquer 1 que nous n'étions pas assez proactifs dans l'information au personne1." Des détails. Mais, dans sa quête d'excellence, Piaget s'est aussi résolu à se montrer plus minutieux dans l'origine des métaux. "La marque est considérée comme un acheteur terrible en termes de qualité. Mais, si nous sommes très durs sur l'excellence du produit, nous l'étions moins sur l'excellence' éthique. Nous avons dû nous poser les bonnes questions: d'où vient notre or? Sert-il à alimenter des conflits? Est-il sale? Nous avons remonté la filière jusqu'aux mines."

Les femmes en valeur

Chez Piaget, on a en revanche été étonné lorsque l'auditeur s'est révélé plus tatillon sur la question de la discrimination avec le personnel féminin. "Visiblement, il ne suffit pas d'avoir un environnement neutre", explique Charles Chaussepied. "Une entreprise a le devoir de lancer des initiatives régulières pour mettre en valeur les femmes."

Certifié en septembre 2011, Piaget n'en perd pas moins de vue les objectifs fixés par le Responsible Jewellery Counci1. Interdiction de s'endormir sur ses lauriers! "Il y a un système de surveillance: les entreprises seront auditées tous les deux à trois ans", admet Charles Chaussepied. "Il s'agit cependant de rester humble dans ce domaine. Le RJC a mis en place un système de normes plutôt efficace, en conformité avec l'ONU, pour faire bouger les choses. Mais nous n'allons pas régler tous les problèmes d'un seul coup." Certes. Fermer les yeux n'aurait pas été un acte plus courageux...

Extrait du film Blood Diamond de Edward Zwick, sorti en
2007, avec Leonardo DiCaprio et Djimon Hounsou que l'on voit ici incarner Salomon Vandy . découvrant un rarissime diamant rose. Un film qui dénonce les conflits en Afrique liés au diamant et ces diamantaires réalisant des profits au mépris de l'éthique.






Article repris de la Tribune des Arts, mai 2012, pages 68-69; sans but commercial.
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